Hair

Hair, c'était du spectacle  !

Trois fois que Marianne et moi sommes allés le voir à Zurich ! C'était dans l'esprit du temps. En 1969, il y avait eu les « émeutes  », C'était l'époque du bâtiment « provisoire » du Globus, là où à Zurich, les jeunes se sentaient chez eux et fumaient leurs joints en toute tranquilité. La drogue, ce n'était pas notre genre, mais la contestation, oui, dans une certaine mesure.

Contestation des Universitaires de Suisse, vers 1969

Avec la campagne du référendum contre la nouvelle loi proposée par le parlement pour les écoles polytechniques de Suisse, les étudiants ont créé la surprise et gagné aux votations malgré le peu d'argent mis dans la campagne. Les dix francs en moyenne investis par contestataire n'étaient pas grand'chose comparé aux heures investies à faire les affiches nous même, et aller les coller dans chacun de nos villages.

Et il y eu une suite et des coups magnifiques. Je n'en mentionne que trois ici.

Le nouveau règlement de doctorat avec ses deux faces : docteur n'est plus un titre, mais un grade. En Suisse romande, ça ne changeait pas grand chose, mais en Suisse alémanique, ça aurait dû. En transrideau de reuschtis, l'effet n'est pas sorti tellement de la tour d'ivoire polytechnique, malheureusement.

De la thèse, on peut sortir un original et quatre photocopies. Alors que le règlement stipulait 200 exemplaires imprimés. C'est mieux que de donner des bourses à ceux qui n'avaient pas le moyen de payer un imprimeur

La présence dans les commissions paritaires. Ces commissions se sont bien ramollies depuis !

Le spectacle HAIR

La toute première représentation de Hair (Haare) à laquelle nous avons assisté nous a enthousiasmés. C'était à Zurich et en allemand, mais semble-t-il avec la même distribution que la première à Munich, à peu de choses près.

C'était en 1970. L'année suivante, nouvelle représentation avec une équipe quelque peu différente. Ce spectacle nous a déçu. Il était mieux peaufiné, mais plus morne.

Et encore une fois, Hair en allemand avec encore une autre équipe. Nous y allons à nouveau, espérant y retrouver la fraîcheur initiale de notre première visite. Eh bien non  ! Encore pire qu'avant !

Traduction des textes originaux

Pour les 40 ans de la création de Hair à Broadway, il y eut pas mal de commentaires dans les médias. Les souvenirs sont revenus. Et j'ai cherché, puis trouvé sur CD un enregistrement complet des chansons du spectacle original. Repris des bandes-sons originales. Quel plaisir !

Marianne s'intéressait aux textes et à leur sens. J'ai trouvé sur l'Internet tous les textes. J'en ai trouvé des traductions. Mais ces traductions françaises, quand il y en avait, ne me convenaient pas. Elles étaient inexactes ou n'ètaient que la reprise de l'adaptation pour les spectacles donnés en francophonie.

Je me suis de ce fait attaché à comprendre d'abord le sens exact des textes afin de le traduire correctement. Pour ce qui est de l'extrait de Hamlet, j'ai trouvé la traduction de François-Victor Hugo que je n'ai pas retouchée à part d'y suivre le désordre mis par Hair dans ce texte.
Ma traduction est accessible sous forme de fichier en format PDF.
Cette traduction, ou plutôt la fixation du sens original m'a plongé dans le milieu Hippie de la fin des années soixante à New-York. Pour y arriver, j'ai eu recours à Google, à Wiki, enfin aux outils Internet qui existent (en plus du dictionnaire et de mon savoir).

Méthodes de ce travail

Une traduction automatique est impossible, car le texte n'est pas simple, mais plein de fioritures et d'argot. Le plus simple, c'était pour « What a Piece of Work Is Man  », - Quel chef-d’œuvre que l’homme -, dont j'avais une traduction dans ma collection Shakespeare. Mais pour le reste ... Le dictionnaire m'a été utile un bout, mais ses connaissances sont limitées. Difficile en étant loin de New-york, en ignorant la géographie de cette ville, et les abréviations comme IRT (compagnie gérant des lignes de métro, mais aussi plusieurs autres significations).

Quand j'avais plusieurs significations possibles, j'ai choisi la plus probable, celle qui correspondait à un esprit contestataire et pacifiste, dans un milieu où l'effet de la drogue est ressenti comme positif.

Plongeon dans un milieu et une époque

Ce fut un prodigieux retour. Éveil de souvenirs endormis, mais bien là, depuis 40 ans. Rappel de marches pour la paix et contre la bombe atomique. Parce qu'il n'y avait pas que cet aspect négatif de la drogue et des plants de géraniums que les copains cassaient devant les bâtiments de la Police de Zurich. Sans raison apparente, pour le plaisir.

Martin Luther King était mort assassiné il y avait peu d'années ( le 4 avril 1968). Quelques-uns se rendaient compte des méfaits de tout racisme. Il fallait faire quelque chose. Hair tombait à point dans ce climat. De Zurich est partie ensuite l'initiative Schwarzenbach contre les étrangers. Elle a été refusée à grande majorité. Car la société était encore bien divisée concernant les racismes en tous genres. Mais l'esprit de Hair avait aussi joué son rôle dans ce rejet, j'en suis convaincu.

Les versions de Hair

Parmi celles que nous connaissons, la préférée des versions musicales extraites de Hair, c'est celle tirée du spectacle qui a démarré le 29 avril 1968 au théâtre Biltmore de Broadway. Nous avons le disque LP acquis en 1970 (référence : Victor LSO-1150) et maintenant le double CD (référence : Victor 82876-56085-2) tiré des mêmes bandes originales d'enregistrement. Il existe dans le commerce des versions simples ne contenant que le premier CD, celui correspondant effectivement au spectacle de 1968 à Broadway. Le second CD est intéressant parce qu'il reproduit une version musicale antérieure de Hair, celle de 1967 (appellée généralement « off-Broadway »).

Nous avons aussi copié sur cassette la version de Londres (1968, West End, référence : Polydor 179 071).

Critique des versions de Hair

En plus des éléments indiqués ci-dessus, il y a moyen d'entendre des extraits d'autres versions encore sur l'Internet ou même, par YouTube, de voir des extraits de film.

Nous vivons à ce sujet la même expérience que celle vécue avec les versions successives à Zurich : plus on avance, moins ça nous plaît. La fraîcheur, la pimpante allégresse, l'enthousiasme de l'amateur qui a grand plaisir à se produire fait peu à peu place à des spectacles plus ordonnés, qui s'enfoncent gentiment dans une carapace conventionnelle.

Est-ce l'obligation de la réussite telle qu'elle est vue les organisateurs qui s'oppose à un certain laisser-aller qui était une des caractéristiques essentielles de Hair ? Est-ce la fatigue des acteurs qui, avec le temps qui court, les rend de plus en plus mous ?

Les provocations

La scène de nudité, (vers la fin de « Where do I go ?  », qui clôt le premier acte) d'ailleurs très courte et très sage (à notre point de vue) ne nous a jamais dérangés. Mais il semble que certains critiques n'ont vu que la nudité et n'ont pas remarqué le sens des paroles des chansons, où il y a dans l'ensemble encore plus de provocation.

Le texte, c'est un vrai réquisitoire pour l'égalité des Noirs, une mise en avant des effets des drogues hallucinatoires (positifs et négatifs) , et une énorme démonstration contre la guerre et les stupidités qui en font partie. On y tourne même en dérision le président des États-Unis de cette époque.

Mais c'est en traduisant le tout que j'ai vraiment remarqué le niveau de cette contestation, en m'accrochant aux textes pour les traduire aussi bien que possible, en cherchant le vrai sens de certaines expressions argotiques. Écouter gentîment la musique sans comprendre les paroles ne permet pas d'entrer vraiment dans la dynamique sublime de Hair. Mais admettons que la musique soutient admirablement cet esprit contestataire.
Marly, le 2 janvier 2009.